Saint Joseph

Abbé Barbier, La Sainte Vierge d’après les Pères (Page 455)
« Voulez-vous connaître saint Joseph ? Sachez qu’il est l’époux de la Vierge. C’est tout dire ; c’est là tout son éloge, et c’est de là que lui est venu tout le bonheur d’avoir été regardé sur la terre comme le père du Verbe éternel fait homme et d’avoir rempli à son égard tous les devoirs d’un père. Joseph est l’époux de Marie. Là se trouve la raison de toutes ses pensées, de tous ses désirs, de toutes ses affections, de toutes ses joies, de toutes ses peines, de toutes ses démarches, de toutes ses sollicitudes, de tous ses dons, de tout ce qu’il a fait, de tout ce qu’il a reçu. C’est l’époux de Marie, c’est l’époux de la Vierge-Mère. S’il assiste à la crèche du Verbe incarné, s’il tient ce divin Enfant dans ses bras, s’il le serre sur son cœur, s’il le prend sur ses genoux et qu’il se laisse caresser par lui, en le caressant lui-même à son tour, c’est que Joseph est l’époux de la Vierge-Mère. Si, Jésus enfant étant poursuivi par Hérode, Joseph prend sa défense et le dérobe à la poursuite de ses ennemis : si, Jésus s’étant égaré en Jérusalem, Joseph va à sa recherche et n’est heureux que lorsqu’il l’a retrouvé, c’est que Joseph est l’époux de Marie, et que tout ce qui intéresse cette Vierge-Mère touche aussi son cœur paternel. Marie n’a qu’un homme sur la terre avec qui elle partage ses joies et ses peines ; c’est le plus saint homme de son siècle, c’est l’homme juste, c’est Joseph son époux. Après la Vierge-Mère, c’est Joseph qui voit de près, qui connaît le divin Enfant, qui en approche, qui le touche, qui en prend soin comme d’un enfant, et cet honneur ne lui vient que parce qu’il est l’époux de Marie. Être l’époux de Marie, dit saint Jean Damascène, c’est chose ineffable, et on ne peut rien dire de plus. »

Ernest Hello, Physionomie de saints (Pages 94-97)
« Saint Joseph, l’ombre du Père ! Celui sur qui l’ombre du Père tombait épaisse et profonde ; saint Joseph, l’homme du silence, celui de qui la parole approche à peine ! L’Évangile ne dit de lui que quelques mots : « C’était un homme juste ! », l’Évangile, si sobre de paroles, devient encore plus sobre quand il s’agit de saint Joseph. On dirait que cet homme, enveloppé de silence, inspire le silence. Le silence de saint Joseph fait le silence autour de saint Joseph. Le silence est sa louange, son génie, son atmosphère. Là où il est le silence règne. Quand l’aigle plane, disent certains voyageurs, le pèlerin altéré devine une source à l’endroit où tombe son ombre dans le désert. Le pèlerin creuse, l’eau jaillit. L’aigle avait parlé son langage, il avait plané. Mais la chose belle avait été une chose utile ; et celui qui avait soif, comprenant le langage de l’aigle, avait fouillé le sable et trouvé l’eau.
Quoi qu’il en soit de cette magnifique légende et de sa vérité naturelle, que je n’ose garantir, elle est féconde en symboles superbes. Quand l’ombre de saint Joseph tombe quelque part, le silence n’est pas loin. Il faut creuser le sable, qui dans sa signification symbolique représente la nature humaine ; il faut creuser le sable, et vous verrez jaillir l’eau. L’eau, ce sera, si vous voulez, ce silence profond, où toutes les paroles sont contenues, ce silence vivifiant, rafraîchissant, apaisant, désaltérant, le silence substantiel ; là où est tombée l’ombre de saint Joseph, la substance du silence jaillit, profonde et pure, de la nature humaine creusée.
Pas une parole de lui dans l’Écriture ! Mardochée, qui fit fleurir Esther à son ombre, est un de ses précurseurs. Abraham, père d’Isaac, représenta aussi le père putatif de Jésus. Joseph, fils de Jacob, fut son image la plus expressive. Le premier Joseph garda en Égypte le pain naturel. Le second Joseph garda en Égypte le pain surnaturel. Tous deux furent les hommes du mystère ; et le rêve leur dit ses secrets. Tous deux furent instruits en rêve, tous deux devinèrent les choses cachées. Penchés sur l’abîme, leurs yeux voyaient à travers les ténèbres. Voyageurs nocturnes, ils découvraient leurs routes à travers les mystères de l’ombre. Le premier Joseph vit le soleil et la lune prosternés devant lui. Le second Joseph commanda à Marie et à Jésus ; Marie et Jésus obéissaient.
Dans quel abîme intérieur devait résider l’homme qui sentait Jésus et Marie lui obéir, l’homme à qui de tels mystères étaient familiers et à qui le silence révélait la profondeur du secret dont il était gardien ! Quand il taillait ses morceaux de bois, quand il voyait l’Enfant travailler sous ses ordres, ses sentiments, creusés par cette situation inouïe, se livraient au silence qui les creusait encore ; et du fond de la profondeur où il vivait avec son travail, il avait la force de ne pas dire aux hommes : Le Fils de Dieu est ici.
Son silence ressemble à un hommage rendu à l’inexprimable. C’était l’abdication de la Parole devant l’Insondable et devant l’immense. Cependant l’Évangile, qui dit si peu de mots, a les siècles pour commentateurs ; je pourrais dire qu’il a les siècles pour commentaires. Les siècles creusent ses paroles et font jaillir du caillou l’étincelle vivante. Les siècles sont chargés d’amener à la lumière les choses du secret. […]
Le dix-neuvième siècle est par-dessus tout, dans tous les sens du mot, le siècle de la Parole. Bonne ou mauvaise, la Parole remplit notre air. Une des choses qui nous caractérisent, c’est le tapage. Rien n’est bruyant comme l’homme moderne : il aime le bruit, il veut en faire autour des autres, il veut surtout que les autres en fassent autour de lui. Le bruit est sa passion, sa vie, son atmosphère, la publicité remplace pour lui mille autres passions qui meurent étouffées sous cette passion dominante, à moins qu’elles ne vivent d’elle et ne s’alimentent de sa lumière pour éclater plus violemment. Le dix-neuvième siècle parle, pleure, crie, se vante et se désespère. Il fait étalage de tout. Lui qui déteste la confession secrète, il éclate à chaque instant en confessions publiques. Il vocifère, il exagère, il rugit. Eh bien ! ce sera ce siècle, ce siècle de vacarme, qui verra s’élever et grandir dans le ciel de l’Église la gloire de saint Joseph. Saint Joseph vient d’être choisi officiellement pour patron de l’Église pendant le bruit de l’orage. Il est plus connu, plus prié, plus honoré qu’autrefois.
Au milieu du tonnerre et des éclairs, la révélation de son silence se produit insensiblement.
Jusqu’où a-t-il pénétré dans l’intimité de Dieu ? Nous ne le savons pas ; mais nous sommes pénétrés, au milieu du bruit qui nous entoure, par le sentiment de la paix immense dans laquelle s’écoula sa vie : le contraste semble chargé de nous révéler la grandeur cachée des choses. Beaucoup parlent qui n’ont rien à dire et dissimulent, sous le fracas de leur langage et la turbulence de leur vie, le néant de leurs pensées et de leurs sentiments. »

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