Norman G. Finkelstein, L’industrie de L’Holocauste (Pages 79-136)
« On fixe généralement le nombre de ces survivants de l’Holocauste aux alentours de cent mille. Le nombre de ceux qui sont encore vivants aujourd’hui ne peut guère dépasser le quart de ce chiffre. Comme le fait d’avoir survécu aux camps représente la palme du martyre, beaucoup de juifs qui ont passé la guerre ailleurs se présentent aujourd’hui comme des survivants des camps. Il y a eu d’autres raisons, surtout matérielles, pour justifier de telles inventions. Le gouvernement allemand de l’après-guerre octroyait des compensations financières aux juifs qui s’étaient trouvés dans des ghettos ou des camps. Beaucoup de juifs ont réécrit leur passé pour se présenter comme ayants-droit. « Si tous ceux qui prétendent être des survivants en sont vraiment, qui Hitler a-t-il tué ? » disait souvent ma mère. […]
Les services du premier ministre d’Israël ont récemment estimé le nombre de « survivants encore en vie de l’Holocauste » à près d’un million. Le principal motif de cette révision à la hausse n’est pas difficile à trouver. Il est difficile de réclamer de nouvelles compensations financières importantes s’il n’y a plus que quelques survivants de l’Holocauste encore en vie. En fait, les principaux complices de Wilkomirski étaient, d’une façon ou d’une autre, engagés dans le réseau des compensations de l’Holocauste. Son amie d’enfance d’Auschwitz, « la petite Laura », a reçu de l’argent d’un fonds suisse de l’Holocauste bien qu’en réalité, ce soit une pratiquante de cultes sataniques née aux États-Unis. Les principaux parrains israéliens de Wilkomirski participaient aux activités d’associations impliquées dans la compensation de l’Holocauste ou bien ils étaient subventionnés par elles. L’affaire des réparations explique mieux que tout ce qu’est l’industrie de l’Holocauste. Après son alignement sur les États-Unis pendant la guerre froide, l’Allemagne fut rapidement réhabilitée et l’holocauste nazi oublié. Néanmoins, au début des années 1950, l’Allemagne engagea des négociations avec les associations juives et signa des accords d’indemnisation. Sans pression extérieure, ou presque, elle a payé à ce jour à peu près soixante milliards de dollars. […]
Depuis quelques années, l’industrie de l’Holocauste est devenue purement et simplement une entreprise d’extorsion de fonds. Elle prétend représenter tous les juifs du monde, morts ou vifs, et réclame, à ce titre, les biens des juifs de l’époque de l’Holocauste dans toute l’Europe. Qualifié avec une grande justesse « d’épilogue de l’holocauste », ce double pillage, à la fois des pays européens et des plaignants juifs légitimes, a pris pour première cible la Suisse. Je vais d’abord recenser les accusations contre les Suisses puis je me tournerai vers les preuves et prouverai que la plupart des accusations sont non seulement fondées sur une tromperie mais encore incriminent, en fait, bien davantage les accusateurs que les accusés.
Lors de la commémoration du cinquantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, en mai 1995, le président de la Confédération helvétique s’est excusé officiellement pour le refus d’accorder refuge aux juifs pendant l’holocauste nazi. À peu près au même moment, la discussion sur les biens juifs déposés sur des comptes suisses, avant et pendant la guerre, qui traînait depuis longtemps, a repris. Une histoire lancée par un journaliste israélien et publiée partout, fait référence à un document – lu de travers, comme on s’en aperçut ensuite – qui, prétendait-on, prouvait que les banques suisses détenaient encore des comptes juifs datant de l’époque de l’Holocauste, pour un montant de plusieurs milliards de dollars.
Le Congrès juif mondial, une association moribonde jusqu’à la campagne de dénonciation de Kurt Waldheim comme criminel de guerre [1986], sauta sur cette nouvelle occasion de se faire les muscles. Dès le début, on comprit que la Suisse serait une proie facile. Face « aux survivants nécessiteux de l’Holocauste », les riches banquiers suisses ne pouvaient pas faire pleurer. Mais, surtout, les banques suisses étaient très sensibles à des pressions économiques aux Etats-Unis mêmes.
Vers la fin de 1995, Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial, fils d’un membre de la Conférence des réclamations juives, et le rabbin Israël Singer, secrétaire du Congrès juif mondial, richissime agent immobilier, rencontrèrent les banquiers suisses. Bronfman, héritier de la fortune des alcools Seagram (sa fortune personnelle est estimée à trois milliards de dollars), devait déclarer plus tard modestement à la commission sur les affaires bancaires du Sénat qu’il avait parlé « au nom du peuple juif » ainsi « qu’en celui des six millions, de ceux qui ne peuvent parler eux-mêmes ». Les banquiers suisses déclarèrent qu’ils n’avaient trouvé que 775 comptes dormants, pour un total de 32 millions de dollars. Ils offrirent cette somme comme base de négociation avec le Congrès juif mondial, qui refusa parce qu’elle était inadéquate. En décembre 1995, Bronfman a fait équipe avec le sénateur d’Amato. Alors qu’il était tout en bas des sondages et qu’il avait à mener une campagne électorale pour garder son siège de sénateur, d’Amato sauta sur cette occasion de se mettre bien avec la communauté juive, dont les voix aux élections sont cruciales et les bailleurs de fonds riches. Avant la reddition finale des Suisses, le Congrès juif mondial, de concert avec tout l’éventail des institutions de l’Holocauste (y compris le Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis et le centre Simon Wiesenthal), mobilisa toute la classe politique américaine. De Bill Clinton, qui enterra la hache de guerre avec d’Amato (les audiences dans l’affaire de Whitewater étaient en cours) pour lui offrir son soutien, jusqu’à onze institutions gouvernementales, en passant par le Sénat et la Chambre des représentants, pour finir avec les institutions locales et les gouvernements des états, on fit pression sans relâche tandis que les officiels, les uns après les autres, faisaient front pour dénoncer les perfides Suisses.
Utilisant les commissions sur les affaires bancaires du Sénat et de la Chambre des représentants comme tremplin, l’industrie de l’Holocauste orchestra une ignoble campagne d’insulte. Étant donné qu’avec une complaisance et une crédulité infinies, la presse était prête à accorder d’énormes titres à n’importe quelle histoire en rapport avec l’Holocauste, si invraisemblable soit-elle, la campagne injurieuse s’avéra irrésistible. Gregg Rickman, l’attaché principal de d’Amato au Sénat, se vante dans son récit que les banquiers suisses aient été forcés de comparaître « devant le tribunal de l’opinion publique où nous contrôlions tout. Les banquiers étaient sur notre terrain et, de façon très pratique, nous étions à la fois juge, jury et bourreau ». Tom Bower, un des principaux chargés de recherche de la campagne contre la Suisse, qualifie la convocation par d’Amato à des audiences « un euphémisme dissimulant un procès public ou un simulacre de tribunal. »
Le « porte-parole » du monstre antisuisse était le directeur général du Congrès juif mondial, Elan Steinberg. Sa fonction principale était de répandre la désinformation. « La terreur par l’embarrassement », d’après Bower, « telle était l’arme de Steinberg, qui énonça toute une liste d’accusations conçues pour provoquer le malaise et le choc. Les rapports de l’OSS, souvent fondés sur des rumeurs et des sources non confirmées que les historiens considèrent comme des ragots depuis des années, tout d’un coup revêtirent une vraisemblance incontestable et connurent une publicité générale. » « Les banques n’ont surtout pas besoin de publicité négative », expliqua le rabbin Singer. « Nous continuerons jusqu’à ce que les banques disent : « Assez, nous sommes prêtes à un compromis ». Jaloux de toute cette célébrité, le rabbin Marvin Hier, directeur du centre Simon Wiesenthal, affirma avec beaucoup d’éclat que les Suisses avaient interné les réfugiés juifs dans « des camps de travail forcé ». (Hier dirige le centre Simon Wiesenthal en famille, avec sa femme et son fils, tous deux rémunérés par le centre ; à eux trois, ils ont touché un salaire de cinq cent vingt mille dollars en 1995. Le centre est connu pour ses expositions « dans le style dachaudysneylandien » et « son utilisation efficace de tactiques terroristes pour la quête de fonds ».) « Si l’on considère le mélange fait par la presse de vérités et de suppositions, de faits et d’inventions, on comprend sans peine pourquoi beaucoup de Suisses croient que leur pays a été victime d’une conspiration internationale », conclut Itamar Levin.
La campagne a rapidement tourné à l’injure pure et simple contre les Suisses. Bower, dans une étude financée par le bureau de d’Amato et le centre Simon Wiesenthal, rapporte d’une façon caractéristique, « qu’un pays dont les citoyens ont plastronné auprès de leurs voisins à cause de fortune appréciable, profitait en toute connaissance de cause de l’argent du sang » ; que « les citoyens apparemment respectables de la nation la plus pacifique du monde ont commis un vol sans précédent » ; que « la malhonnêteté était le fondement de la mentalité suisse, que les Suisses maîtrisaient parfaitement pour protéger l’image de la nation et sa prospérité » ; que les Suisses étaient « instinctivement attirés par de copieux profits » (seulement les Suisses ?) ; que « l’intérêt personnel était le guide suprême pour toutes les banques suisses » (les banques suisses seulement ?) ; que « la petite race des banquiers suisses était devenue plus cupide et plus immorale que les autres » ; que « la dissimulation et la tromperie étaient devenues un art parmi les diplomates suisses » (les diplomates suisses seulement ?) ; que « les excuses et les démissions n’étaient pas courantes dans la tradition politique suisse (pas comme chez nous ?) ; « que la cupidité des Suisses était sans égal » ; que « le caractère suisse » associait « simplicité et duplicité » et, « sous l’apparence de l’urbanité il y avait de l’obstination et au-delà une solide incompréhension égoïste de l’opinion d’autrui » ; que les Suisses « n’étaient pas seulement un peuple singulièrement dépourvu du moindre charme qui n’avait produit ni artiste, ni héros depuis Guillaume Tell et aucun homme d’État, mais c’étaient de malhonnêtes collaborateurs des nazis qui avaient tiré profit du génocide », etc. Rickman énonce cette « vérité profonde » au sujet des Suisses : « Au fond d’eux-mêmes, peut-être plus profondément qu’ils ne le pensaient eux-mêmes, il y avait une arrogance latente au sujet d’eux-mêmes et contre les autres, dans leur nature même. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, ils ne pouvaient dissimuler leur éducation. » Beaucoup de ces insultes ressemblent étrangement aux insultes faites aux juifs par les antisémites.
L’accusation principale était qu’il y avait eu, pour reprendre les termes du sous-titre de Bower, « une conspiration helvético-nazie vieille de cinquante ans pour voler des milliards aux juifs d’Europe et aux survivants de l’Holocauste. » D’après ce qui est devenue la litanie du racket de la restitution de l’Holocauste, cela constituait « le plus énorme vol de toute l’histoire de l’humanité. » Pour l’industrie de l’Holocauste, tout ce qui concerne les juifs appartient à une catégorie séparée, extrême, le pire, le plus grand…
L’industrie de l’Holocauste a d’abord affirmé que les banques suisses avaient systématiquement dénié aux héritiers légitimes des victimes de l’Holocauste l’accès aux comptes dormants, qui représentaient au total une valeur comprise entre sept et vingt milliards. « Depuis cinquante ans », rapporte le magazine Time à la une, « l’ordre permanent » des banques suisses « a été de temporiser et d’opposer un mur aux survivants de l’Holocauste qui se renseignaient sur les comptes de leurs parents morts ». Rappelant la législation secrète adoptée par les banques suisses en 1934, en partie pour empêcher les nazis de dépouiller les déposants juifs, d’Amato a expliqué au Comité sur les affaires bancaires de la Chambre des représentants : « N’est-il pas paradoxal de voir que le système qui a encouragé les gens à venir ouvrir des comptes, le secret bancaire, a servi ensuite à dépouiller les gens eux-mêmes et leurs héritiers de leur patrimoine, de leurs droits ? Tout a été perverti, altéré, dénaturé. »
Bower raconte la découverte d’un signe de la perfidie des Suisses envers les victimes de l’Holocauste : « La chance et l’efficacité ont fourni un trésor qui confirme la validité de la plainte de Bronfman. Un rapport d’espionnage émanant de Suisse, en juillet 1945, déclare que Jacques Salmanovitz, propriétaire de la Société générale de surveillance, une société de notaires de Genève avec des liens dans les pays balkaniques, possédait une liste de cent quatre-vingt-deux clients juifs qui avaient confié 8,4 millions de francs suisses et à peu près 90.000 dollars au notaire en attendant leur arrivée des Balkans. Le rapport ajoutait que les juifs n’avaient pas encore réclamé leurs biens. Pour Rickman et d’Amato, c’était l’extase. Dans son propre rapport, Rickman brandit également cette « preuve de l’action criminelle de la Suisse ». Ni l’un ni l’autre, cependant, ne mentionnent, dans ce contexte donné, le fait que Salmanovitz était juif.
À la fin de 1996, une procession de vieilles femmes juives et un homme sont venus témoigner, de façon très émouvante, devant les commissions sur les affaires bancaires du Congrès, de la malfaisance des banquiers suisses. Et pourtant, aucun de ces témoins, d’après Itamar Levin, un journaliste du principal journal d’affaires israélien, « n’avait de preuve réelle de l’existence des valeurs dans les banques suisses ». Pour accentuer le caractère théâtral de ce témoignage, d’Amato a demandé à Wiesel de venir témoigner. Dans un témoignage qui a depuis été très souvent cité, Wiesel manifeste son choc – choc ! – devant la révélation que les auteurs de l’Holocauste ont cherché à dépouiller les juifs avant de les tuer : « Au début, on pensait que la solution finale n’avait d’autre cause qu’une idéologie empoisonnée. Maintenant, nous savons qu’ils ne voulaient pas simplement tuer les juifs, aussi horrible que cela puisse paraître, ils voulaient l’argent des juifs. Tous les jours nous en apprenons davantage sur cette tragédie. N’y a-t-il pas de limite à la peine ? De limite à l’outrage ? »
On a aussi prétendu que les banquiers suisses avaient « soulevé » les dépôts des victimes de l’Holocauste et systématiquement détruit des dossiers essentiels pour cacher leurs traces, et que seuls les juifs avaient souffert de ces abominations.
Malheureusement, « la valeur de propagande » des vieux juifs témoignant de la perfidie suisse s’est rapidement épuisée. L’industrie de l’Holocauste a donc alors cherché de nouvelles ressources. La frénésie de la presse s’est fixée sur l’achat par les Suisses de l’or pris par les nazis dans les réserves centrales des États d’Europe pendant la guerre. Bien que cela ait été présenté comme une révélation époustouflante, on le savait depuis longtemps. Arthur Smith, auteur d’une étude classique sur le sujet, a dit à une audience de la Chambre des représentants : « J’ai entendu toute la matinée et toute l’après-midi des choses qui, dans une large mesure et dans leurs grandes lignes, sont connues depuis des années ; et je suis étonné que beaucoup de ce qui est dit ici soit présenté comme nouveau et sensationnel. » Le but de ces séances, cependant, n’était pas d’informer mais, pour reprendre l’expression de la journaliste Isabel Vincent, « de fabriquer des histoires sensationnelles ». Si on remuait suffisamment de boue, pensait-on raisonnablement, la Suisse céderait.
La seule affirmation nouvelle était que les Suisses avaient trafiqué « l’or des victimes » en pleine connaissance de cause, c’est-à-dire qu’ils avaient acheté de grandes quantités d’or que les nazis avaient fondu en lingots après avoir dépouillé les victimes des camps de concentration et des camps de la mort. Le Congrès juif mondial, rapporte Bower, « avait besoin d’un élément affectif pour relier l’Holocauste à la Suisse. » Cette nouvelle révélation de la traîtrise suisse fut en conséquence traitée comme un don de Dieu. « Il y a peu d’images aussi déchirantes que l’extraction méthodique, dans les camps de concentration, des plombages dentaires en or des cadavres juifs sortis des chambres à gaz », continue Bower. « Les faits sont très, très déprimants », dit d’Amato sur un ton funèbre au cours d’une séance de la Chambre des représentants, « parce qu’ils évoquent le pillage des valeurs dans les maisons, les banques nationales, les camps de la mort, des montres en or et des bracelets et des montures de lunettes et des plombages des dents des gens. »
Outre l’interdiction de l’accès aux comptes de l’Holocauste et l’achat d’or pillé, les Suisses furent aussi accusés de conspiration avec la Pologne et la Hongrie en vue de frauder les juifs. L’accusation exacte était que l’argent, qui se trouvait sur des comptes ouverts par des citoyens polonais ou hongrois (dont tous n’étaient pas juifs) qui ne l’avaient pas réclamé, avait été utilisé par la Suisse en compensation des propriétés suisses nationalisées dans ces pays. Rickman fait de cette nouvelle « une révélation stupéfiante, qui anéantirait les Suisses et provoquerait une véritable tempête. » Mais ces faits étaient déjà bien connus, ils avaient été publiés dans des revues juridiques américaines au début des années cinquante. Et, malgré le tollé de la presse, les sommes totales concernées ne représentaient même pas un million de dollars en valeur courante.
Avant même la première séance au Sénat sur les comptes dormants, en avril 1996, les Suisses avaient accepté de mettre en place une commission d’enquête et de se soumettre à ses décisions. Composée de six membres, trois de l’Organisation juive mondiale pour la restitution et trois de l’Association des banquiers suisses, présidée par Paul Volcker, ex-président de la Banque fédérale de réserve des États-Unis, la « commission indépendante de personnalités éminentes » fut officiellement investie dans ses fonctions en mai 1996 dans le cadre d’un « Mémorandum établissant un accord » (Memorandum of Understanding). De plus, le gouvernement suisse désigna en décembre 1996 une « commission indépendante d’experts » présidée par le professeur Jean-François Bergier et comprenant le spécialiste israélien bien connu de l’Holocauste, Saül Friedländer, pour enquêter sur le commerce d’or entre la Suisse et l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale.
Avant même que ces commissions aient pu commencer leur travail, cependant, l’industrie de l’Holocauste exigea un accord financier avec la Suisse. Les Suisses protestèrent qu’il faudrait naturellement attendre le rapport de la commission pour atteindre un accord ; autrement, il s’agissait « d’extorsion et de chantage ». Abattant son inévitable carte-maîtresse, le Congrès juif mondial gémit sur le calvaire des « survivants nécessiteux de l’Holocauste ». « Mon problème, c’est le temps », déclara Bronfman à la commission sur les affaires bancaires de la Chambre des représentants en décembre 1996, « et il y a tous ces survivants de l’Holocauste pour lesquels je m’inquiète. » On se demande pourquoi le milliardaire angoissé ne pouvait lui-même, provisoirement, soulager leur sort. Repoussant une offre suisse d’accord portant sur deux cent cinquante millions de dollars, Bronfman pleurnicha : « Pas d’aumône. Je donnerai l’argent moi-même. » Il n’en fit rien. La Suisse, cependant, accepta en février 1997 de créer un « Fonds spécial pour les victimes nécessiteuses de la shoah » de deux cents millions de dollars pour « les personnes qui ont besoin d’aide ou de soutien de façon particulière » en attendant que les commissions aient achevé leur travail (le fonds était encore solvable lorsque les commissions Bergier et Volcker ont remis leurs rapports). Les pressions de l’industrie de l’Holocauste en faveur d’un règlement définitif ne cessèrent cependant pas ; elles ont même augmenté. Les demandes réitérées des Suisses d’attendre les rapports des commissions pour conclure un accord – après tout, c’est le Congrès juif mondial qui a demandé cet repentir moral – se heurtèrent à un refus. En fait, l’industrie de l’Holocauste avait tout à perdre avec ces rapports : si quelques réclamations seulement étaient reconnues légitimes, l’affaire contre les banques suisses perdait de sa vraisemblance ; et si les réclamations légitimes affluaient, les Suisses n’auraient à satisfaire qu’elles, et non les associations juives. Une autre litanie de l’industrie de l’Holocauste est que dans l’affaire des compensations, ce qui compte, « ce sont la vérité et la justice et non l’argent ». « Ce n’est pas l’argent qui compte », raillaient désormais les Suisses, « mais encore plus d’argent. »
L’industrie de l’Holocauste ne se contentait pas de faire monter l’hystérie publique, elle coordonnait aussi une stratégie utilisant deux sortes d’armes pour « terroriser » les Suisses jusqu’à ce qu’ils se soumettent : les procès à titre collectif et le blocus économique. Le premier procès à titre collectif fut introduit en octobre 1996 par Edward Fagan et Robert Swift au nom de Gizella Weisshaus (avant de mourir à Auschwitz, son père avait parlé d’argent déposé en Suisse mais les banques avaient repoussé ses réclamations après la guerre) et « d’autres dans la même situation » pour vingt milliards de dollars. Quelques semaines plus tard, le centre Simon Wiesenthal, avec pour avocats Michael Hausfeld et Melvyn Weiss, introduisit un second procès à titre collectif et, en janvier 1997, ce fut le tour du Conseil mondial des communautés juives orthodoxes. Les trois affaires ont été portées devant le juge Edward Korman, un juge d’arrondissement de Brooklyn (New York). Au moins une des parties en cause, l’avocat Sergio Karas, a déploré cette tactique : « Ces procès n’ont fait que provoquer une hystérie de masse et une campagne contre la Suisse. Ils ne font que perpétuer le mythe que les avocats juifs veulent toujours plus d’argent. » Paul Volcker s’opposa à ces procès à titre collectif en disant « qu’ils empêcheraient notre travail, peut-être jusqu’à le rendre inutile ». Pour l’industrie de l’Holocauste, c’était un argument sans intérêt, peut-être même une incitation à continuer les procès.
L’arme principale pour briser la résistance suisse a cependant été le blocus économique. « Maintenant, la bataille va être beaucoup plus sale », avertit Abraham Burg, président de l’Agence juive et homme de main d’Israël dans l’affaire des banques suisses, en janvier 1997. « Jusqu’alors, nous avons retenu la pression juive internationale. » Dès juin 1996, le Congrès juif mondial projetait le blocus. Bronfman et Singer en appelèrent au directeur financier de la ville de New York Alan Hevesi (dont le père était un membre influent de l’AJC) et à celui de l’État de New York, Carl Mac Call. À eux deux, ces deux financiers investissent des milliards de dollars dans des fonds de pension. Hevesi était aussi président de l’Association des directeurs financiers des Etats-Unis (US Comptrollers Association) qui avaient investi trente milliards en fonds de pension. À la fin du mois de janvier, pendant le mariage de sa fille, Singer mit sa stratégie au point avec le gouverneur de New York, George Pataki, d’Amato et Bronfman. « Vous voyez comment je suis », plaisanta le rabbin, « même au mariage de ma fille je fais encore des affaires. »
En février 1996, Hevesi et Mac Call écrivirent aux banques suisses pour les menacer de sanctions. En octobre, le gouverneur Pataki leur accorda publiquement son soutien. Au cours des mois suivants, les municipalités et les institutions des États de New York, New Jersey, Rhode Island et de l’Illinois adoptèrent toutes des résolutions menaçant de lancer un blocus économique si les banques suisses ne venaient pas à résipiscence. En mai 1997, la ville de Los Angeles retira des centaines de millions de dollars placés en fonds de pension dans une banque suisse, inaugurant ainsi les sanctions. Hevesi fit rapidement de même à New York. La Californie, le Massachussets et l’Illinois les imitèrent quelques jours plus tard.
« Je veux trois milliards ou plus », proclamait Bronfman en décembre 1997, « pour en finir une fois pour toutes avec les procès en nom collectif, la commission Volcker et le reste. » Pendant ce temps-là, d’Amato et les dirigeants des banques de l’État de New York cherchèrent à empêcher la Banque unie de Suisse, nouvellement créée (fusion des principales banques suisses) de fonctionner aux États-Unis. « Si les Suisses continuent à traîner des pieds, je demanderai aux actionnaires des États-Unis de suspendre leurs transactions avec la Suisse », prévint Bronfman en mars 1998. « Il est temps d’en finir, sinon c’est la guerre totale. » En avril, les Suisses commencèrent à s’incliner sous la pression mais ils refusaient encore une reddition totale (on dit qu’en 1997, les Suisses ont dépensé cinq cents millions de dollars pour se défendre des attaques de l’industrie de l’Holocauste). « La société suisse souffre d’un cancer virulent », se lamenta Melvyn Weiss, un des avocats des procès à titre collectif. « Nous leur avons donné l’occasion de s’en débarrasser grâce à une dose massive de rayons pour un coût très modique et ils ont refusé. » En juin, les banques suisses firent une « offre finale » de six cents millions de dollars. Le patron de l’ADL, Abraham Foxman, choqué de l’arrogance suisse, avait du mal à contenir sa rage : « Cet ultimatum est une insulte à la mémoire des victimes, de leurs survivants et de ceux de la communauté juive qui, en toute bonne foi, se sont adressés aux Suisses pour parvenir ensemble à résoudre une affaire très difficile. »
En juillet 1998, Hevesi et Mac Call menacèrent d’employer de nouvelles sanctions et le New Jersey, la Pennsylvanie, le Connecticut, la Floride, le Michigan et la Californie s’associèrent à eux dans les jours suivants. À la mi-août, les Suisses finirent par céder. Dans un accord collectif négocié par le juge Korman, les Suisses acceptèrent de payer un milliard et quart de dollars. « Le but du paiement complémentaire », expliquait un communiqué de presse des banques suisses, « est d’éviter les sanctions et les frais d’un procès long et coûteux. » […]
Pourquoi le haro du Congrès ne s’est-il pas porté sur les « perfides » banquiers américains ? Tous les membres des commissions du Sénat et de la Chambre ont exigé, l’un après l’autre, que les Suisses « paient enfin ». Aucun, cependant, n’a exigé que les États-Unis en fassent autant. Au contraire, un membre de la commission sur les affaires bancaires de la chambre des représentants a affirmé sans pudeur et Bronfman a confirmé que « seule » la Suisse « avait refusé de montrer le courage d’affronter sa propre histoire. » Il n’est pas étonnant que l’industrie de l’Holocauste n’ait pas lancé de campagne pour enquêter sur les banques des États-Unis. Un examen de nos banques semblable à celui que l’on a fait dans les banques suisses coûterait aux contribuables américains non pas des millions mais des milliards de dollars. Lorsqu’il serait enfin achevé, les juifs américains chercheraient asile à Munich. Le courage a des limites.
À la fin des années quarante, déjà, alors que les États-Unis insistaient pour que la Suisse identifie les comptes juifs dormants, les Suisses ont protesté que les Américains feraient mieux d’examiner la poutre dans leur œil. Au milieu de 1997, le gouverneur de New York, George Pataki, a annoncé la création d’une commission d’État pour la récupération des avoirs des victimes de l’holocauste pour mener des réclamations contre les banques suisses. Les Suisses ne se laissèrent pas démonter et suggérèrent que la commission engage plutôt des réclamations contre les banques américaines et israéliennes. Et Bower, en effet, rappelle que les banquiers israéliens « ont refusé de donner les listes des comptes dormants appartenant à des juifs » après la guerre de 1948 et récemment, on a lu que « contrairement aux pays d’Europe, les banques israéliennes et les associations sionistes résistent aux pressions en vue d’établir des commissions indépendantes pour déterminer quelle quantité d’avoirs et combien de comptes dormants étaient détenus par des survivants de l’Holocauste et comment les titulaires pouvaient être localisés ». (Des juifs européens ont acheté des lots de terre et ouvert des comptes en banque en Palestine pendant le mandat britannique pour aider l’entreprise sioniste ou préparer l’immigration à venir.) En octobre 1998, le Congrès juif mondial et l’Organisation juive mondiale pour la restitution « sont parvenus à un accord de principe pour empêcher qu’on s’occupe de la question des avoirs en Israël des victimes de l’Holocauste, parce que la responsabilité dans cette affaire est celle du gouvernement israélien. » L’accusation la plus sensationnelle contre les banques suisses était qu’elles réclamaient un certificat de décès aux héritiers des victimes de l’holocauste. Les banques israéliennes ont aussi demandé ce document. On chercherait vainement, cependant, des protestations contre « les perfides Israéliens ». Pour prouver qu' »aucune équivalence morale ne peut être établie entre les banques en Israël et celle de Suisse », le New York Times cite un ex-député israélien : « Ici, c’est de la négligence, en Suisse, c’était un crime. » Cela se passe de commentaire. […]
L’indemnisation matérielle pour l’Holocauste « est la grande épreuve morale qui attend l’Europe à la fin du XXe siècle », affirme Itamar Levin. « Ce sera la véritable mise à l’épreuve de la façon dont l’Europe traite le peuple juif. » En effet, enhardie par son succès dans la lutte contre la Suisse, l’industrie de l’Holocauste s’est immédiatement attaquée au reste de l’Europe. C’est alors le tour de l’Allemagne.
Après l’accord signé avec la Suisse en août 1998, l’industrie de l’Holocauste a déployé la même stratégie victorieuse contre l’Allemagne en septembre. Les trois mêmes équipes d’avocats (Hausfeld-Weiss, Fagan-Swift et le Conseil mondial des communautés juives orthodoxes) ont intenté des procès à titre collectif contre l’industrie privée allemande ; elles ne réclament pas moins de vingt milliards d’indemnités. Sous la menace d’un blocus économique, le directeur financier de la municipalité de New York a commencé à « mener » les négociations en avril 1999. La commission sur les affaires bancaires de la Chambre des représentants a tenu ses premières séances en septembre. Le député Carolyn Maloney a déclaré que « le temps écoulé ne devait pas être une excuse à l’enrichissement sans cause », tandis que le président de la commission, Leach, entonnait une autre partie de cette litanie : « L’histoire ne connaît pas la prescription ». Stuart Eizenstat a dit à la commission que les entreprises allemandes qui font des affaires aux États-Unis « apprécient leur bonne volonté ici et auront à cœur de maintenir les relations de bonne citoyenneté qu’elles ont toujours montré aux États-Unis et en Allemagne. » Pour exciter l’hystérie publique contre l’Allemagne, l’industrie de l’Holocauste a acheté de nombreuses pages de publicité en octobre. L’horrible vérité ne suffisait pas ; tous les thèmes brûlants de l’holocauste ont été convoqués. Une publicité dénonçant le laboratoire pharmaceutique Bayer était centrée sur Josef Mengele, bien qu’il n’existe aucune preuve que Bayer ait « dirigé » ses recherches meurtrières. Reconnaissant que le bulldozer de l’holocauste était irrésistible, les Allemands ont accepté un accord financier substantiel à la fin de l’année. The Times a attribué cette capitulation à la campagne de l' »Holocash » aux États-Unis. « Nous n’aurions pas obtenu cet accord, a dit ensuite Eizenstat à la Commission sur les affaires bancaires de la Chambre des représentants, « s’il n’y avait pas eu la collaboration personnelle et la direction effective du président Clinton et d’autres dirigeants importants » du gouvernement américain. […]
Lors d’une conférence de presse au département d’État en mai 1999, Stuart Eizenstat, citant les chiffres fournis par « les groupes qui les représentent », a fixé le total des esclaves encore en vie à la fin de la guerre, juifs et non-juifs, « à peut-être soixante-dix ou quatre-vingt-dix mille. » Eizenstat était le chef de la délégation américaine aux négociations sur l’esclavage avec l’Allemagne et il a travaillé en liaison étroite avec la Conférence des réclamations. Cela porterait le nombre total des esclaves juifs encore vivants à quatorze, au plus dix-huit mille (20% des soixante-dix à quatre-vingt-dix mille). Cependant, quand elle a entamé les négociations avec l’Allemagne, l’industrie de l’Holocauste a demandé des indemnités pour cent trente-cinq mille anciens esclaves juifs toujours vivants. Le nombre total des anciens esclaves encore vivants, juifs et non juifs, a été fixé à deux cent cinquante mille. En d’autres termes, le nombre d’anciens esclaves juifs encore vivants a presque décuplé depuis mai 1999 et la proportion de juifs parmi les anciens esclaves encore en vie a grossi considérablement. En fait, si l’on en croit l’industrie de l’Holocauste, il y a plus d’anciens esclaves juifs encore en vie qu’il y a cinquante ans. […]
L’extorsion d’argent à la Suisse et à l’Allemagne n’a été qu’un prélude au grand final, l’extorsion à l’Europe de l’Est. Avec l’effondrement du bloc soviétique, des perspectives séduisantes se sont ouvertes dans l’ancien centre des juifs d’Europe. Se drapant dans l’hypocrite manteau des « victimes nécessiteuses de l’Holocauste », l’industrie de l’Holocauste cherche à extorquer des milliards à ces pays déjà appauvris. Comme elle poursuit son but sans le moindre ménagement, elle est devenu la principale cause du développement de l’antisémitisme en Europe.
L’industrie de l’Holocauste s’est posée en seule plaignante légitime pour tous les avoirs privés et collectifs de ceux qui ont péri pendant l’holocauste nazi. « On a convenu avec le gouvernement d’Israël, a dit Edgar Bronfman à la commission sur les affaires bancaires de la Chambre des représentants, que les avoirs tombés en déshérence iraient à l’Organisation mondiale juive de la restitution. » En vertu de ce « mandat », l’industrie de l’Holocauste a demandé aux pays de l’ancien bloc soviétique de rendre toutes les propriétés juives d’avant-guerre ou de verser des indemnités financières. Contrairement au cas de la Suisse et de l’Allemagne, cependant, elle n’a pas fait ces demandes sous les yeux du public. L’opinion publique, jusqu’à présent, n’a pas été hostile à l’exercice d’un chantage contre les banquiers suisses ou les industriels allemands mais elle pourrait considérer d’un œil moins sympathique le chantage contre des paysans polonais affamés. D’un autre côté, l’industrie de l’Holocauste n’a pas besoin de mobiliser l’opinion publique. Avec le soutien du gouvernement américain, elle peut facilement briser la résistance de nations déjà affaiblies.
« Il est important de reconnaître que nos efforts en vue de la restitution des propriétés collectives », a dit Stuart Eizenstat à une commission de la Chambre des représentants, « sont partie intégrante de la renaissance et du renouveau de la vie juive » en Europe de l’Est. Soi-disant pour « promouvoir la renaissance » de la vie juive en Pologne, l’Organisation mondiale juive de la restitution réclame la propriété de six mille biens juifs collectifs d’avant-guerre, y compris ceux qui ont été transformés en hôpitaux et en écoles. La population juive de Pologne était de trois millions cinq cent mille, elle est actuellement de quelques milliers. Pour le renouveau de la vie juive, a-t-on besoin d’une synagogue ou d’une école par juif polonais ? L’organisation réclame aussi des centaines de milliers de parcelles de terre polonaise évaluées à des milliards de dollars. « Le gouvernement polonais craint », rapporte Jewish Week, que la demande « mette la nation en faillite. » Quand le parlement polonais a proposé des limites aux indemnités pour éviter l’insolvabilité, Elan Steinberg du Congrès juif mondial a dénoncé la loi « comme un acte fondamentalement anti-américain. »
Les avocats de l’industrie de l’Holocauste ont resserré leur étreinte sur la Pologne en engageant un procès à titre collectif devant le tribunal du juge Korman pour indemniser « les survivants de l’Holocauste vieillissants ou mourants ». La plainte accuse les gouvernements polonais d’après-guerre « d’avoir pratiqué au cours des cinquante-quatre années écoulées une politique génocidaire « d’expulsion jusqu’à l’extinction » contre les juifs. Les membres de la municipalité de New York ont voté à l’unanimité une résolution demandant à la Pologne « d’adopter une loi globale organisant la restitution totale des avoirs de l’Holocauste », tandis que cinquante-sept membres du Congrès (avec à leur tête, Anthony Weiner, député de New York), ont envoyé une lettre au parlement polonais pour lui « demander une loi globale qui rendrait la totalité des propriétés et des avoirs saisis pendant l’Holocauste. » « Comme les gens concernés vieillissent tous les jours, le temps presse pour indemniser ceux qui ont été spoliés », dit la lettre.
Dans une déposition à la commission sur les affaires bancaires du Sénat, Stuart Eizenstat s’est plaint du rythme très lent des évictions en Europe de l’Est : « Beaucoup de problèmes sont apparus pour la restitution des propriétés. Par exemple, dans certains pays, lorsque des individus ou des communautés ont voulu réclamer des propriétés, on leur a demandé, parfois exigé, d’autoriser les occupants à rester pour une longue période à des loyers contrôlés. » La mollesse de la Biélorussie a particulièrement déplu à Eizenstat. La Biélorussie est très, très en retard dans la remise des propriétés juives d’avant-guerre, a-t-il dit à la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants. Le revenu moyen mensuel en Biélorussie est de cent dollars.
Pour forcer les gouvernements récalcitrants à obtempérer, l’industrie de l’Holocauste agite la menace des sanctions américaines. Eizenstat a demandé au Congrès d' »augmenter » les indemnités de l’holocauste, à les « placer en haut de la liste » des conditions d’entrée à l’OCDE, au Bureau mondial du travail, dans l’Union européenne, à l’OTAN ou au Conseil de l’Europe : « Ils écouteront si vous parlez… Ils saisiront l’allusion. » Israël Singer du Congrès juif mondial a demandé au Congrès « de continuer à regarder la « liste de courses » pour « vérifier » que tous les pays paient. » « Il est très important que les pays impliqués dans l’affaire comprenne que leur réponse est l’un des critères par lesquels les États-Unis apprécient les relations bilatérales », a dit le député Benjamin Gilman, membre de la commission des relations internationales de la Chambre des représentants. Avraham Hirschson, président du comité du parlement israélien sur la restitution et représentant d’Israël à l’Organisation mondiale sur les restitutions juives, a rendu hommage à la complicité du Congrès dans l’extorsion de fonds. Rappelant ses « combats » avec le premier ministre de Roumanie, Hirschon a témoigné : « Mais j’ai fait une petite remarque, dans le courant de la discussion, et ça a changé l’atmosphère. Je lui ai dit, vous savez, dans deux jours je participerai à une séance du Congrès, ici. Que voulez-vous que je dise à la séance ? Toute l’atmosphère s’en est trouvé changée. »
« S’il n’y avait pas les États-Unis d’Amérique », observe Eizenstat à juste titre dans son chant de triomphe au Congrès, « très peu, peut-être même aucune de ces actions ne serait en cours aujourd’hui. » Pour justifier les pressions exercées en Europe de l’Est, il a expliqué que « rendre ou payer des indemnités pour des propriétés privées ou collectives saisies à tort était une marque de moralité occidentale ». Pour « les nouvelles démocraties » d’Europe de l’Est, répondre à ce critère serait « en harmonie avec leur passage du totalitarisme à un état démocratique. » Eizenstat est un membre important du gouvernement américain et un partisan éminent d’Israël. Cependant, si l’on en juge par les réclamations respectives des Amérindiens et des Palestiniens, ni les Etats-Unis ni Israël n’ont encore fait la transition. […]
Dans le style classique du Congrès juif mondial, Israël Singer a fait « une annonce stupéfiante » le 13 mars 2000 : un document américain rendu public récemment révèle que l’Autriche détient des avoirs juifs en déshérence remontant à l’époque de l’Holocauste pour un montant de dix milliards de dollars. Singer accuse aussi « la moitié des œuvres d’art de l’Amérique sont des œuvres d’art juives pillées. » L’industrie de l’Holocauste, c’est évident, a perdu la tête. »
Gérard Menuhin, Dites la vérité et vous humilierez le diable (Pages 52-54)
« En 2012, le New York Times a rapporté que cette fabuleuse fable avait contribué à soustraire 89 milliards de dollars à l’Allemagne et le journal a montré une photo de « la conférence annuelle de révision des qualifications pour les réparations aux victimes de l’Holocauste », 67 ans après la fin de la guerre :
Pour la 60ème année, l’Allemagne honore son devoir d’indemnisation envers les victimes de l’Holocauste (NYT, 17 novembre 2012).
Le programme allemand des réparations d’après-guerre est devenu une telle réalité que beaucoup d’Allemands ne savent même pas que leur pays, après avoir versé 89 milliards de dollars de compensation principalement aux juifs victimes de crimes nazis pendant six décennies, se réunit régulièrement pour réviser et élargir les lignes directrices concernant la qualification.
L’objectif est d’atteindre le plus grand nombre des dizaines de milliers de survivants âgés qui n’ont jamais reçu de soutien sous quelque forme que ce soit.
Dans des lieux bien en vue parmi les bâtiments gouvernementaux au cœur de Berlin réunifié, les Allemands ont placé de nouveaux monuments commémoratifs en l’honneur des victimes juives, gays, sintis et roms. Mais le programme de réparations, qui a été créé lorsque Konrad Adenauer, premier chancelier d’Allemagne de l’Ouest, et Israël ont signé l’Accord à Luxembourg en 1952, reçoit beaucoup moins d’attention.
En commençant le programme, l’Allemagne de l’Ouest, a pour la première fois, assumé la responsabilité d’indemniser les victimes juives des crimes nazis. Stuart E. Eizenstat, un négociateur spécial pour la Conférence sur les revendications en matières juives contre l’Allemagne, a loué celle ci comme historiquement unique lors d’un rassemblement ici la semaine dernière pour son 60ème anniversaire.
« C’est ici que nous avons commencé il y a 60 ans, lorsque le gouvernement allemand était économiquement à genoux, et pourtant vous avez pris cet engagement », a déclaré M. Eizenstat jeudi durant l’évènement. « Et nous voici 60 ans plus tard, à un moment où vous portez les fardeaux de l’Europe et une génération qui n’est même pas née pendant la guerre continue à remplir ses obligations. »
Au fil des ans, l’accord a été modifié et adapté pour refléter les changements géopolitiques en Europe, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du régime communiste à travers l’Europe de l’Est, ainsi que l’évolution des besoins des survivants vieillissants de l’Holocauste. L’an dernier, afin de toucher une indemnisation, les rescapés des ghettos ne devaient plus justifier que d’une présence de 12 mois au lieu de 18 dans les ghettos. Depuis le 1er novembre, le programme a été ouvert aux survivants qui vivent dans des pays auparavant sous influence soviétique, ainsi, on estime à 80.000 le nombre de personnes supplémentaires admissibles à des paiements ponctuels de 3.250$. À partir de l’année prochaine, l’admissibilité s’étendra à toutes les personnes qui peuvent prouver qu’elles se sont cachées des Nazis pendant au moins six mois…
Une enquête entreprise en 2010 a révélé que les employés de la conférence sur les réclamations avaient été impliqués dans un système d’utilisation de fausse pièce d’identité pour frauder le fonds de plus de 42 millions de dollars, dont une partie seulement a été remboursée.
Julius Berman, président de la conférence sur les réclamations, a déclaré qu’en dépit de tout ce qui a été accompli, il restait près de 50.000 victimes qui n’ont jamais reçu d’indemnisation sous quelque forme que ce soit. M. Berman fait également état des milliers de personnes qui, à cause des Nazis, sont marquées par le traumatisme de la perte de leurs parents, et de leur enfance, comme groupe qui mérite encore la reconnaissance.
« Cela n’a jamais été une question d’argent », a dit M. Berman à propos du programme de compensation. « Cela a toujours été une question de reconnaissance. »
À la question de savoir si, compte tenu des millions de dollars que l’Allemagne promet maintenant pour aider les économies les plus faibles de la zone euro, on pensait que 60 ans de paiements aux survivants étaient suffisants, Werner Gatzer, qui dirige les négociations pour les Allemands secoua la tête.
« Nous aurons fait assez quand il n’y aura plus de survivants », a déclaré M. Gatzer. « Tant qu’ils vivront, nous maintiendrons notre responsabilité. » »
Norman G. Finkelstein – L’Industrie de L’Holocauste (1MO)
Bibliographie
– Anne Kling, Shoah – La saga des réparations