Épuration

Jean de Viguerie, Histoire du citoyen – L’être nouveau (de 1789 à nos jours)
« Le bilan est lourd. 400 000 Français d’après Robert Aron, 500 000 d’après Jean Maze, sont victimes de la Terreur de la Libération, soit 2 000 000 de personnes ayant souffert directement ou indirectement de ces violences, si l’on compte les parents des condamnés. Quant aux citoyens terroristes eux-mêmes, ils sont probablement plus d’un million, si l’on compte avec les tueurs FTP, les juges, les jurés, les pelotons d’exécution, les accapareurs de biens et de places, et les préfets qui ont approuvé ou laissé faire. Pour la deuxième fois depuis sa naissance, l’ »être nouveau » s’est transformé en terroriste. Pour la deuxième fois, il est devenu pleinement ce qu’il était, ou plutôt ce que la Révolution voulait qu’il fût.
Le 25 décembre 1944, le journal Témoignage chrétien jugeait l’épuration nécessaire en tant que « mesure de défense républicaine ». Ce jugement était fondé. Le régime de Vichy avait tenté de détruire le mythe de l’ »être nouveau » et de rendre les Français à eux-mêmes. La République ne pouvait pas ne pas réagir à une tentative aussi sacrilège, et qui, si elle avait abouti, l’aurait privée de sa raison d’être. Il fallait que la punition fût à la hauteur du crime, et le crime n’était pas la collaboration, mais l’atteinte à la religion de la République, à la religion révolutionnaire. La punition devait être telle que les Français ne l’oublient jamais et vivent dans la crainte de génération en génération. Et il en fut ainsi. Car jamais dans l’histoire de la France on n’avait assisté à un tel déploiement de férocité. »

Adrien Abauzit, La France divisée contre elle-même
« L’épuration présente tous les signes d’une révolution : changement de paradigme idéologique, liquidation d’une classe sociale, renouvellement de la classe politique, destruction des institutions existantes. Et si l’épuration est une révolution, Charles de Gaulle, par son action acharnée, financée par des avances de fonds du Trésor britannique, est son duc d’Orléans.
La révolution de 1944, à l’instar de celle de 1789, a injecté dans les veines de la France une nouvelle dose de Lumières. Cette nouvelle perfusion a permis de briser les dernières digues d’opposition à l’Antifrance qui restaient dans la société française.
1944 est un 1789-bis. 1944 renforce le mal distillé par la Révolution française, si bien qu’en 1945, la République des Lumières, débarrassée des forces contre-révolutionnaires est plus puissante que jamais. »

Philippe Ploncard d’Assac, La Politique (Juin 2008)
« La « Libération-Épuration » sera pour De Gaulle allié aux responsables de la Débâcle, l’occasion de régler ses comptes. Les crimes de la Résistance gaullo-communistes étaient tels que le Père Panicci dénonçait « ce régime d’abattoir » dans son sermon du dimanche des Rameaux 1945, à Notre Dame de Paris.
Des documents médicaux de l’époque, permettent de mesurer l’horreur des tortures infligées par les « patriotes », FFI, FTP, et autres « milices patriotiques » : « Poils brûlés au briquet, bougies allumées dans l’anus, pointes des seins coupées, dents cassées, brûlures électriques dans le vagin, l’anus, la plante des pieds, coups de barre de fer, sections des doigts, arrachages d’ongles, lésions de marche ou reptation sur du verre, brûlures pour « cautériser » les plaies , aspersion d’essence et mise à feu, enfoncement de la cage thoracique, du crâne, avec lésions méningées, cérébrales, de la moelle épinière, lésions de l’œil, viol de femmes et de fillettes, promenées nues ».
Il faut rappeler le martyre de l’amiral Platon, chargé par le maréchal Pétain de surveiller les sociétés secrètes interdites par Vichy qui, renvoyé par Laval dans sa propriété du sud-ouest, y fut torturé et mis à mort par des « résistants » en l’écartelant entre des tracteurs. »

Jacques de Holstein, Lettre à son fils (23 août 1944)
« Mon petit Jean-Pierre,
Nous passons tout à l’heure en Cour martiale.
Nous avons été faits prisonniers le 18, après que l’assurance formelle nous ait été donnée que nous serions traités honorablement, que nous et nos familles aurions la vie sauve. Or aucun de ces engagements n’a été respecté. Quand tu seras grand, tu rechercheras Michal qui a pu se tirer d’affaire… Il te racontera les jours que nous venons de passer.
Je ne sais pas encore le sort qui m’est réservé, mais je préfère être fusillé que d’être conservé à la disposition de la folie de la foule… Quant à moi je suis en règle avec ma conscience, je n’ai rien à me reprocher sinon de vous avoir entraîné, ta maman et toi dans cette terrible aventure. Je te demande de conserver mon souvenir au fond de ton cœur. Je te demande de ne pas oublier que j’avais envisagé toutes les conséquences que le fait d’être Milicien pouvait entraîner.
Dis-toi que ma conviction politique était puissamment étayée et rappelle-toi que ton père a sacrifié sa vie à maintenir publiquement son idéal nationaliste. Ce sera mon pauvre Jean-Pierre le seul héritage que tu tiendras de moi…
Je t’embrasse mon pauvre chéri, travaille, grandis et plus tard ne m’oublie pas. »

Jean-Pierre Abel, L’âge de Caïn
« Dans toute la France, y en a eu des milliers, et des milliers. Faisons un compte, si vous voulez. Le compte le plus bas. Je compte bien qu’en moyenne il y a eu trois cents exécutions sommaires par département, dans les premières semaines de la Libération. Et je vous assure que je compte très bas. Même dans le doux département où je suis né, je connais, à quelques pas d’une petite commune, tout un fossé joli, sous les buissons, où il parait qu’on en a enterré plus de cent. Et vous pensez si je suis au dessous du compte, pour le Midi ! Mettons donc trois cents. Pour 89 départements, cela ferait donc vingt six mille sept cents cadavres. Et il faut ajouter quelque chose, tout de même, pour les grandes villes, pour Bordeaux, pour Lyon, pour Marseille, pour Paris, où le pourcentage a été en rapport avec la population. Je crois que quarante mille est un chiffre tout ce qu’il y a de modeste, et de sûr… Mais je ne serais pas étonné s’il fallait le multiplier par deux, ou par trois…
Aussi peut-on penser de quelle humeur nous étions, en octobre ou novembre, à Drancy, quand nous lisions sur « L’Humanité », sur « Le Populaire » ou sur « Le Franc-Tireur », des articles contre la lenteur et la faiblesse de l’épuration ! C’est sur « Le Franc-Tireur » de M. Bayet, je crois, que nous avons lu le plus beau, après l’exécution de Georges Suarez. Ce journal s’étonnait qu’à Paris on n’eût encore exécuté qu’un seul collaborateur. Et de demander d’autres têtes, et vite… Depuis, ça continue. En ce mois de mars 1945, qui bourgeonne maintenant, il y a encore des journalistes qui font semblant de ne pas savoir. Ils ne tiennent compte que des fusillés officiels, que des mille condamnés par les Cours de Justice dont M. de Menthon, chaque jour, annonce que la liste a été augmentée d’une dizaine. Et de s’étonner du peu. Et d’en réclamer d’autres, d’autres encore… C’est tant de haineuse hypocrisie qu’à peine veux-je y croire. J’aimerais, par exemple, pouvoir me dire qu’Albert Bayet est de bonne foi. Que, s’il se plaint du peu, c’est qu’il ignore les autres, les quarante mille. Mais il le sait, j’en suis bien sûr. Tout le monde le sait, maintenant, et en chuchote. La police, du moins, le sait. Et le fils de M. Bayet est – ou était encore, il y a quelques jours – Directeur du Cabinet du Préfet de Police…
Alors, c’est pire que tout. Car il y a des hommes qui profitent de ce que la censure interdit de parler des exécutions sommaires, de ce que l’étranger ignore les fusillés dans les coins, il y a des hommes qui profitent de ce silence, de cette ignorance, pour réclamer, à tue tête, d’autres morts, d’autres tas de morts. C’est à bégayer d’horreur. Ces quarante mille – et je compte au plus bas – ces quarante mille cadavres ne leur suffisent pas. Il ne leur suffit pas que, sur ces quarante mille, la moitié, peut-être, aient été des innocents, ou de pauvres bougres si petitement coupables qu’à peine, aujourd’hui, les condamnerait-on à cinq ans de prison, ou à l’indignité nationale. Non, ça ne leur suffit pas. Et puisque, officiellement, on ignore ces quarante mille, ils font comme s’il n’y avait que les mille fusillés de M. de Menthon, et comme si la Libération avait été trop indulgente, trop bonnasse, trop lente à tuer. « Des morts, qu’ils disent, il nous faut encore des morts. Mille, c’est pour rien ! Qu’est-ce que c’est que cette, révolution, qui ne tue pas ? »
Je vous dis que c’est pire que tout, qu’on n’a jamais vu ça… Où plutôt si, on a déjà vu ça. Il n’y a pas si longtemps. On a vu des hommes comme ça, qui fusillaient les Français, par milliers, dans tous les coins. Mais, sur les journaux, ces hommes n’avouaient que cinquante ou cent fusillés, par ci, par là. Et quand on plaidait auprès d’eux, pour un pardon, ils faisaient les étonnés. Ils disaient qu’ils n’avaient pas beaucoup tué, au total, qu’ils n’étaient pas bien méchants. Ils faisaient eux aussi, comme s’il n’y avait eu que les fusillés officiels, comme s’il n’y avait pas eu les morts de torture, les morts de faim, les morts dans l’ombre, les morts sans communiqué. »

Donald Robinson, The American Mercury (Avril 1946)
« J’étais alors attaché au Q.G. des affaires civiles de la VIIème Armée à Marseille. Je fus personnellement témoin de la terreur communiste instaurée, après la retraite allemande, dans le midi de la France. Des officiers de la Sécurité Militaire estiment à 50.000 le nombre des victimes, exécutées la plupart par les communistes. Pendant l’été et l’automne 1944, la révolution a presque submergé le midi de la France, fomentée ardemment par les communistes. Leur échec partiel a sa source dans le frein constitué par la présence des armées américaines […] De Toulouse à Nice, la terreur déferla. Partout les rues étaient peuplées de civils aux airs durs, à l’armement disparate, depuis les poignards jusqu’aux fusils, grenades et armes américaines. Ils parcouraient les boulevards dans des voitures sans portes, permettant un tir plus facile en marche. Tous les quartiers, toutes les rues étaient sillonnés : on y recherchait non seulement le milicien, mais aussi celui qui avait pu attirer l’inimitié politique des communistes. Des Américains sont également au nombre des victimes ; des soldats U.S. furent tués ou blessés et j’ai moi-même essuyé des coups de feu douze fois. »

Aristide Challamel, Lettre (24 août 1944)
« Cette lettre est la dernière que je vous envoie car vous avez su ce qui s’est passé. La Milice s’est rendue honorablement et les conditions de notre reddition n’ont pas été respectées par le vainqueur.
Je viens de passer devant la cour martiale et je suis condamné à la peine capitale. La sentence est exécutable dans quelques jours. Je ne regrette rien car j’ai juré de donner ma vie pour mon pays que j’aime et pour lequel j’ai tout fait…
Je suis heureux de mourir car je ne pourrai pas vivre dans le monde qui s’instaure. Pendant ces cinq jours, j’ai subi toutes les vexations qu’il est possible d’imaginer.
J’ai senti cette haine qui nous entoure tous nous miliciens et il m’est impossible de concevoir mon pays dans un semblable état d’esprit.
L’avenir vous dira si j’ai eu raison…
Sachez que je meurs pour la France et pour elle seule, avec le sourire. »

Dominique Venner, Histoire de la Collaboration
« Au matin du samedi 19 août 1944, des miliciens savoyards incorporés dans la Franc-Garde, depuis l’ordre de mobilisation lancé par Joseph Darnand, quittent leur cantonnement annécien de La Commanderie par la route d’Albertville. Dans la nuit, les chefs départementaux Yves Barbaroux et Jacques Chambaz ont rencontré les chefs de la Résistance : les francs-gardes se rendent avec les honneurs de la guerre, ils conservent leurs armes et seront traités en prisonniers de guerre.
À Saint-Jorioz, au milieu d’un grand rassemblement de maquisards (toute résistance étant alors impossible), les francs-gardes sont désarmés à l’exclusion des chefs qui conservent leur pistolet. Pressentant sans doute la suite des évènements, le franc-garde Lambotin se tire une balle dans la tête. Les captifs sont poussés dans des camions et sous bonne garde, par Faverges et Thônes, conduits au Grand-Bornand. Là, ils sont entassés jusqu’au grade de chef de dizaine, sous les combles de la salle paroissiale, les officiers, toujours en possession de leurs armes, étant conduits dans une pièce au 2ème étage du même bâtiment.
Après des sévices qu’il est inutile de retracer, c’est dans la salle de cinéma, au rez-de-chaussée, que commence au milieu de la matinée du mercredi 23 août la comparution des francs-gardes devant une cour martiale qui a fixé elle même sa procédure et que préside un commandant FTP ayant pour assesseurs deux représentants de l’AS et deux autres FTP. Le procureur et le greffier sont eux aussi des résistants.
Enchaînés, gardés par les gendarmes, les miliciens sont appelés dix par dix et brièvement interrogés. Parfois, des résistants témoignent, puis le procureur requiert une peine… La mort en général. Pour donner à cette procédure une apparence de régularité, quatre avocats d’Annecy, commis d’office, tentent d’improviser une défense.
La Cour siège sans désemparer jusqu’au matin du jeudi 24 août. Après une ultime plaidoirie, l’arrêt est rendu. Soixante-seize condamnations à mort, vingt et un « acquittements » (qui vaudront, en fait à leurs bénéficiaires l’emprisonnement et la comparution devant une Cour de Justice au cours des mois suivants).
Il est huit heures lorsque les camions emmenant les condamnés quittent la salle paroissiale pour le hameau du Bouchet au lieu-dit La Peserettaz. Cinq par cinq les prisonniers vont vers les poteaux plantés à la lisière de la forêt. Ils refusent le bandeau et tombent sous la salve en clamant leur foi, en ce jeudi 24 août dédié à Saint-Barthélemy.
La plupart d’entre eux, chrétiens convaincus sont des paysans issus de la terre savoyarde. Pour d’autres cependant les motivations religieuses n’étaient pas primordiales. C’est ainsi que l’athéisme de Jacques de Holstein était connu de tous.
Le plus âgé avait combattu à Verdun, le plus jeune venait d’ avoir seize ans. »

Bibliographie

– Philippe Bourdrel, L’épuration sauvage 1944-1945
– Jacques Dallest, L’épuration
– Pierre Gillieth, L’épuration ou la fin d’un monde
– Henry Coston, Le livre noir de l’épuration
– Pierre-Denis Boudriot, Bagnes et camps de l’épuration française
– Jean Mazé, La tragédie de l’épuration
– Jean-Pierre Abel, L’âge de Caïn

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