Don Félix Sarda y Salvany, Le libéralisme est un péché (Page 85)
« La souveraine intransigeance catholique n’est autre que la souveraine charité catholique. Cette charité s’exerce relativement au prochain, quand, dans son propre intérêt, elle le confond, l’humilie, l’offense et le châtie. Elle s’exerce relativement à un tiers, quand pour le délivrer de l’erreur et de sa contagion, elle en démasque les auteurs et les fauteurs, les appelant de leur vrai nom, méchants, pervers, les vouant à l’horreur, au mépris, les dénonçant à l’exécration commune, et si cela est possible au zèle de l’autorité sociale chargée de les réprimer et de les punir. Elle s’exerce enfin relativement à Dieu, quand pour sa gloire et son service, il devient nécessaire d’imposer silence à toutes les considérations humaines, de franchir toutes les bornes, de fouler aux pieds tout respect humain, de blesser tous les intérêts, d’exposer sa propre vie et toutes les vies dont le sacrifice serait nécessaire à l’obtention d’une aussi haute fin. Tout cela est pure intransigeance dans le véritable amour et, par conséquent, souveraine charité. Les types de cette intransigeance sont les héros les plus sublimes de la charité, comme l’entend la vraie religion. Et parce que de nos jours il y a peu d’intransigeants véritables, il y a aussi peu de gens véritablement charitables. La charité libérale, à la mode actuellement, est condescendante, affectueuse, tendre même, dans la forme, mais au fond elle n’est que le mépris essentiel des biens véritables de l’homme, des suprêmes intérêts de la vérité et de Dieu. »
Abbé Alexis Pelletier, Du modérantisme ou de la fausse modération (Pages 14-15)
« Puisqu’il est nécessaire de parler ici de la charité, nous en parlons, car il n’est pas un mot peut-être dont on abuse autant. Paix et Charité, voilà ce qu’on répète à tout venant, sans savoir aucunement ce qu’il faut entendre par ces expressions. Pour qu’on ne cède pas à la tentation de m’accuser d’exposer une théorie nouvelle, une théorie inventée pour l’occasion, je laisserai la paroles à des personnages autorisés, qu’on ne saurait soupçonner de parti pris. « La charité, dit le savant Père Montrouzier, de la Compagnie de Jésus, n’est pas la mollesse. Qu’on témoigne à l’adversaire les égards qui lui sont dus ; rien de plus juste. Mais pourquoi lui prodiguer des éloges qu’il ne mérite point, surtout lorsqu’il peut en résulter pour les âmes un péril de séduction ? Parce que la vérité déplait à son antagoniste, est-ce une raison de l’étouffer ? N’est-ce pas, au contraire, le cas de la proclamer cent fois plus haut ? Et sous prétexte de charité, faudra-t-il ne pas démasquer l’hypocrisie des séducteurs qui veulent ravir aux âmes leur foi, leur vertu et leur espoir ? » Qu’on veuille bien remarquer, méditer même ces paroles du Père Montrouzier ; elles devraient être partout gravées en caractères ineffaçables, car elles sont l’expression vraie de la vraie doctrine. Il faut démasquer, quelle que soit la dignité dont il sont revêtus, les hommes qui mettent en péril, de quelque façon que ce puisse être, la sainte cause du bien et de la vérité, et qui exposent ainsi les âmes à un grand danger pour leur foi, leur vertu et leur espoir. Tout péril de séduction doit être signalé, au risque même de compromettre se faisant des personnages jusque là regardés comme tout-à-fait irréprochables. Plus est grande l’influence dont jouissent certains hommes, en qui l’erreur trouve un lieu de refuge et un appui, plus aussi est grand le péril de séduction qu’ils créent ; plus, par conséquent il est urgent de les démasquer. »
Père Faber, Le Précieux Sang
« Notre charité est mensongère car elle n’est pas sévère ; et elle n’est pas convaincante car elle n’est pas véridique. Là où il n’y a pas la haine de l’hérésie, il n’y a pas de sainteté. »
Léon Bloy, Le Désespéré
« On vous a dit, n’est-ce pas, que mes violences écrites offensaient la charité. Je n’ai qu’un mot à répondre. C’est que la Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques. Une doctrine qui propose l’Amour de Dieu pour fin suprême, a surtout besoin d’être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l’amour-propre ou de l’amour charnel. Il est trop facile d’émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu’on leur cacherait. On obtient, de la sorte, une religion mollasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même.
Or, l’Évangile a des menaces et des conclusions terribles. Jésus, en vingt endroits, lance l’anathème, non sur des choses, mais sur des hommes qu’il désigne avec une effrayante précision. Il n’en donne pas moins sa vie pour tous, mais après nous avoir laissé la consigne de parler « sur les toits », comme il a parlé lui-même. C’est l’unique modèle et les chrétiens n’ont pas mieux à faire que de pratiquer ses exemples. Que penseriez-vous de la charité d’un homme qui laisserait empoisonner ses frères, de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l’empoisonneur ? Moi, je dis qu’à ce point de vue, la charité consiste à vociférer et que le véritable amour doit être implacable. »
Louis Jugnet, Cahier N°1 (Pages 19-21)
« La Charité est la plus grande des vertus. Dans la vie future, la foi et l’espérance cesseront, parce qu’on verra Dieu, qu’on l’aura atteint, mais la Charité demeurera éternellement (cf. St Paul 1er Épitre aux Corinthiens, XIII).
Mais, comme les métaux précieux, ou le diamant, elle prête aux contrefaçons et aux imitations : la principale d’entre elles est l’Humanitarisme, à la manière de Rousseau, de Michelet, de Victor Hugo, et des « Rouges chrétiens », qui vont de Lamennais aux « progressistes » de nos jours. Il s’agit d’une fermentation excessive de l’émotivité et du sentiment, qui va jusqu’à bannir toute correction du pécheur, tout emploi, même limité et modéré, de la force armée, etc… À propos de ces gens, St Pie X parlait de l’« aveugle bonté de leur cœur ». Il leur reprochait de méconnaître que « le Christ a été aussi fort que doux… il a grondé, menacé, châtié. » (Lettre sur le Sillon) […]
Conception traditionnelle de la Charité :
A) On doit détester fermement l’erreur en matière de doctrine (hérésie, athéisme, etc…), et en matière morale l’erreur est quelque chose de négatif, de nuisible, qui tue les âmes, ce qui est plus grave que de nuire à la santé physique des gens, le Vrai étant le bien de l’âme.
B) On doit aimer le prochain comme personne, comme homme concret, mais on peut et doit détester en lui le représentant d’une erreur malfaisante, un peu comme, à la guerre, on tire sur un homme portant tel uniforme, ou remplissant telle mission, non parce qu’on lui en veut personnellement, mais à cause de la fonction qu’il remplit. Il faut donc à ce titre le combattre. Le Christ chasse à coups de corde les vendeurs du temple, il maudit les Pharisiens, St Paul prononce des anathèmes. Les Saints Pères de l’Église (St Augustin, St Jérôme, et les autres) prennent à partie avec violence les hérésiarques et agitateurs ennemis de l’Église. La plupart de leurs livres de controverse portent le nom d’un hérétique « épinglé » par eux (« Contra Jaustrum », « Contra Adamanetinum », « Quis fuerit Petulianus », etc…). On peut donc entraver énergiquement l’action des méchants par la parole, les écrits, l’ironie, voire par la force s’il n’y a pas moyen de faire autrement. Le Saint Pape Pie X a loué très fortement la mémoire du grand polémiste catholique Louis Veuillot, qui pourtant ne fut pas tendre aux ennemis de l’Église. »
Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (Page 236)
« Les ennemis déclarés de Dieu et de son Église, il les faut décrier tant qu’on peut, comme sont les sectes des hérétiques et schismatiques, et les chefs d’icelles : c’est charité de crier au loup, quand il est entre les brebis, voire où qu’il soit. »